Impressions de voyage : Prague

 

Août 2004

C'est la quatrième fois que je viens à Prague, chaque voyage fut dans des années et des circonstances bien différentes. La première fois, c'était en 1980, nous revenions de la Pologne de Solidarnosc en camping car. Le camping sauvage étant interdit dans la Tchécoslovaquie "normalisée", nous avons cherché un hôtel à Prague où nous étions arrivés après minuit, ayant été retardés par une crevaison accompagnée d'un bris de cric. La quête se révélant vaine, nous avons fini la nuit dans le camping-car et n'avons heureusement pas eu de problème. D'une petite ballade dans la vieille ville et sur le pont Charles, je garde le souvenir d'une ville belle et grise, où les charcutiers présentaient artistiquement leurs produits en vitrine. C'était l'époque où l'on racontait l'histoire des deux chiens qui se croisent à la frontière polono-tchécoslovaque : " - Pourquoi viens-tu ? " demande le chien tchécoslovaque au chien polonais "  - Parce que j'ai faim, répond celui-ci. Et toi, pourquoi viens-tu chez moi où il n'y a rien à manger ? " " - Parce que j'ai envie d'aboyer. "


Douze ans après, la révolution de velours avait amené Vraclav Havel à la présidence d'un pays qui s'apprêtait à se scinder sans que les citoyens aient été interrogés à ce sujet. Le vieux et respecté slovaque Alexandre Dubcek, l'homme du printemps de Prague devenu président du Parlement venait d'avoir un fatal accident de voiture et certains se posaient des questions.
J'étais alors chargée, dans le cadre d'un programme de la Confédération européenne des syndicats, d'un cycle de conférences afin d'exposer aux syndicalistes tchèques et slovaques le fonctionnement d'une économie de marché et notamment les mécanismes d'une protection sociale partiellement indépendante de l'Etat. Lors de la première séance, un homme âgé racontait qu'il avait dans sa jeunesse participé à une réunion syndicale internationale à Paris. La guerre et la période sous influence soviétique lui avait fait perdre tout contact, il retrouvait alors avec émotion l'autre moitié de l'Europe. Déjà, l'idée des Tchèques était de rejoindre la Communauté européenne, les inquiétudes n'empêchant pas l'idée d'aller de l'avant. Le dimanche, Antonin, un ingénieur syndicaliste, m'avait fait visiter Prague et le château de Charles IV. La ville était en réfection, quelques maisons anciennes restaurées par des sociétés étrangères contrastaient avec les voisines moins bien entretenues. Les questions que se posaient les Tchèques portaient sur le modèle occidental le plus approprié à adopter, l'européen ou l'américain. Les mots tels que socialisme, collectif, public et même solidarité étaient connotés négativement : " ce sont des mots qui ont été profanés " expliquait Antonin.


Mon troisième déplacement à Prague eut lieu en juin 2003 dans le cadre d'un voyage de presse organisé par l'Association des journalistes de l'information sociale. Nous sommes arrivés à Prague le samedi soir, alors que les Pragois fêtaient par un concert au Château la large victoire du "oui" au référendum sur l'adhésion à l'Union. Le photographe et plusieurs rédacteurs souhaitaient aller voir la fête mais la consoeur d'un quotidien qui s'était autoproclamée chef d'expédition exigea que tout le monde reste à l'hôtel pour faire le point sur les futures conférences de presse. Quelques images à la télévision : les places du château noires de monde … Je passai la journée du dimanche avec un vieux copain connaissant bien Prague qui me conduisit hors des sentiers battus, entre autres à la tour de télévision sur laquelle des bébés de quelques mètres rampent à la verticale. La banque centrale présentait une exposition photo sur la mise en place de l'euro, pièces et billets. Les jours suivants furent consacrés aux rendez-vous professionnels : visites d'usine hors la ville, rencontre avec les partenaires sociaux ou des acteurs économiques. Nous étions dans le Prague moderne, sans touristes. L'entrée dans l'Union était évidement un grand sujet de conversation et l'adhésion à la monnaie européenne était considérée par tous une simple question de temps.


Ambiance plus touristique pour ce quatrième séjour : nous avons loué un deux-pièces à deux pas de la Place de la Vieille Ville, la magique Staromestské Namesti . L'équipement est sommaire, on peut dormir à quatre mais il n'y a que trois fourchettes dont une en plastique ! Dans la zone ancienne, beaucoup de restaurants et de cafés, de commerces d'artisanat et d'hôtels, de points photo ou Internet, en bref tout ce qu'il faut pour le touriste étranger, mais pas de boutiques d'alimentation. Dans la nouvelle ville, qui date quand même du XIVe siècle, des commerces pour habitants, en particulier deux immenses magasins de vêtements à l'heure des soldes. Au Newyorker, à la décoration et l'ambiance musicale " internationale pour jeunes ", les étiquettes donnent le prix du vêtement en euros, en couronnes tchèques, en zlotys polonais, en une monnaie que je n'identifie pas sur le moment, le SIT (je trouverai sur Internet qu'il s'agit du tolar de Slovénie), en couronnes danoises et en forints hongrois. De l'autre côté de la rue, chez Kenvello, les vêtements pour jeunes made in India ne sont étiquetés qu'en couronnes tchèques mais les vêtements pour enfants portent des étiquettes en plusieurs devises mais pas les mêmes : couronne tchèque, couronne slovaque, leu roumain, shekel israélien, dollar des Etats-Unis, euro, zlotys polonais, forint hongrois. Avec un même prix affiché à 8,00 dollars et à 9.90 euros, la monnaie américaine est singulièrement surévaluée par rapport à l'européenne ! Certains magasins pour touristes pratiquent le double affichage des prix, diverses babioles sur le Pont Charles se payant trente couronnes ou un euro, cent couronnes ou trois euros…


Le centre de Prague est parsemé de vaches décorées en diverses couleurs, comme il y a des ours à Berlin, des lions à Lyon et des chevaux à Vienne. Toute la ville ancienne est restaurée, en couleurs tendres. Le stationnement réservé l'est pour les riverains et suivre des voitures tchèques dans une rue interdite à tout véhicule coûte deux cents couronnes, payables immédiatement contre reçu. A Strahovsky Klaster, le monastère des Prémontrés, la bibliothèque comprend les célèbres salles de théologie et de philosophie, qu'on ne peut qu'admirer même si on n'aime pas particulièrement le baroque, mais aussi un meuble signalé discrètement, une xylothèque qui réunit ce qui ressemble à des livres mais se révèle être des boîtes de différentes essences de bois.


Le passage de la frontière vers l'Allemagne sur l'autoroute nous prend bien deux minutes. En 1980, cela avait été deux heures ! C'était alors la frontière entre l'Est et l'Ouest, la police tchécoslovaque examinait soigneusement tout volume assez important pour dissimuler une personne, y compris les capots moteur. En 1992, j'avais du payer des taxes d'exportation sur les verres que j'avais achetés ; en 2003, on m'a remboursé la TVA à l'aéroport ; en 2004, plus rien : nous sommes à l'intérieur des frontières de l'Union.

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