Impressions de voyage : Pologne

 

Juillet août 2004.

Au départ de Berlin, l'autoroute est vers Francfort sur l'Oder puis dès le Berliner ring, il est indiqué "Warschau (Warszava)". Outre les voitures allemandes, il y a beaucoup de véhicules polonais mais aussi des camions estoniens, biélorusses, ukrainiens.

Nous passons l'Oder, ligne frontière définitive avec la rivière Neisse entre l'Allemagne et la Pologne depuis la réunification de la première, simple frontière intérieure dans l'Union depuis le 1er mai dernier. En 1980, lors de notre premier voyage en Pologne, c'était évidement plus lent, les papiers étaient épluchés, il fallait descendre des voitures pour le contrôle. Pendant que Jean-Luc était à l'intérieur du poste pour produire les documents, j'attendais avec les deux enfants près du camping-car quand un policier vint me reprocher vertement quelque chose, je ne comprenais pas quoi. Je commençais à m'inquiéter quelque peu quand un étudiant polonais de retour de Paris m'expliqua que le représentant de l'autorité voulait que je remonte dans le C35 avec les enfants (trois ans et quinze mois). Bonne idée, ils avaient froid et sommeil. Un douanier vit ensuite inspecter la voiture. Nous transportions quelques kilos de documents syndicaux à livrer à Solidarnosc mais il eut la bonne idée d'ouvrir un magazine de camping-car et laissa tomber d'un air dégoûté. Qu'on se rassure, nous n'étions pas totalement inconscients et ne prenions pas le risque de nous retrouver sur "la paille humide des cachots" avec la jeune classe : nous savions que si nous faisions prendre à la frontière avec de la littérature subversive, nous ne risquions que le refus de séjour.


Cette année, la Pologne est dans l'Union et en dix minutes, nous avons passé les contrôles et changé des euros contre des zlotys. Comme je montre à la fille au guichet de change les cartes postales timbrées en Allemagne, elle me dit qu'il n'y a pas de boîte à lettres : "nie ma". Amusant que ce soient les premiers mots entendus en Pologne, cette expression était un véritable leitmotiv lors de notre premier voyage. Mais il n'y a plus de pénurie en Pologne, on ne nous oblige pas à changer un montant minimal de devises comme alors ni d'acheter l'essence avec des coupons payés au prix fort ! Prévenus par un copain lorrain originaire de Silésie, nous avions alors fait deux mille cinq cent kilomètres en C35 avec cent litres d'essence officielle, les autres pleins étant achetés en deutsche mark à des pompistes ravis de l'aubaine. Un pompiste fort ennuyé nous refusa un jour les devises allemandes, nous désignant une voiture de la milice en embuscade. Effectivement, un homme en uniforme vint le contrôler dès que nous redémarrâmes. Aujourd'hui, il y a des pompes à essence partout, souvent accompagnées d'un "market" et d'un "kantor", soit un magasin et un bureau de change, et le sans plomb coûte moins d'un euro.


En matière de conduite automobile, les Polonais agissent comme les Grecs : le véhicule doublé se rabat sur la bande d'arrêt d'urgence des routes à deux voies pour permettre un dépassement sans problème. La voirie n'est pas terrible et on roule pendant des kilomètres dans de véritables " rails " creusés dans le bitume. Sur le bord de la route, vente de girolles et expositions de nains de jardin, cigognes et moulins à vent en vannerie. Un camion immatriculé LT est chargé de deux voitures accidentées immatriculées en France. Quatre sandwiches et autant de boissons achetés au magasin d'une station service nous coûteront moins de cinq euros. A l'entrée des villes, toute voiture arrêtée au feu rouge se fait prendre d'assaut pas des jeunes qui nettoient le pare-brise, même si l'automobiliste fait signe que non, et exigent une rémunération, allant parfois jusqu'à ouvrir la portière pour intimider le conducteur réticent.


J'avais le souvenir d'une Varsovie grise, d'une architecture de blocs sans grâce ni couleurs où même la vieille ville ne supportait pas la comparaison avec celle de Gdansk, également reconstruite à l'identique pierre par pierre mais avec beaucoup plus de légèreté et de magasins, fussent-ils d'Etat. La vieille ville est aujourd'hui piétonnière, pimpante et animée. Le Palais de la Culture "offert par les peuples soviétiques à la nation polonaise" est toujours là mais il est à présent entouré d'immeubles modernes, dont un ersatz de l'arche de la Défense accompagnée d'un oiseau rose en plein vol. Le Palais abrite au sommet une exposition sur les jeux olympiques qui vont démarrer d'ici peu à Athènes. Varsovie est candidate pour les abriter en 2012, comme Paris. Du haut du Palais, les barres d'habitation d'après guerre restent bien visibles, certaines d'entre elles sont maintenant ornées de panneaux publicitaires pour des marques internationales. Les rues du centre sont bordées de magasins à l'occidentale mais quand on pénètre dans les cours, on remonte le temps. Au 51 de l'avenue Jerozolimskie, près du Palais de la culture, nous sommes entrés dans la cour pour aller voir le Fotoplastikon, la dernière rotonde de projection de photos stéréoscopiques encore en activité en Europe, signalée par le Guide du Routard. La cour dans laquelle il se trouve est grise, les murs n'ont pas été refaits depuis des décennies. Mais le Fotoplastikon n'est pas ouvert du lundi au samedi comme l'affirme le guide mais du samedi au lundi, nous faisons donc chou blanc. De nombreux chantiers dans Varsovie, en particulier près de la gare centrale. Sur la rotonde Charles De Gaulle, un immense palmier artificiel. Il y a nettement plus de voitures qu'en 1980 et toujours des curés en soutane.


Trzech Krzyzy, place des trois croix. C'est sur cette place que nous avions rendez-vous avec Marek, un membre francophone de Solidarnosc, elle était décorée aux couleurs du Vatican car Jean-Paul II y avait célébré peu de temps auparavant une messe manifestation. Le local de Solidarnosc n'était pas bien grand mais il était officiel. Dans la cour, nous avions refait le plein d'eau du camping-car. Les syndicalistes manquaient cruellement de moyens, ils fabriquaient des ronéos artisanales avec des tambours de machine à laver, toute aide était la bienvenue. Cette aide venait de la Confédération européenne des syndicats et de centrales ouest-européennes, en particulier de la CFDT française, et se continuera après le coup d'Etat.


Au Palais royal, des cartes de l'époque où la Pologne, grâce à l'union personnelle du roi qui était aussi comte de Lituanie, avait une superficie double de l'actuelle. Etrange ce pays dont les frontières n'ont cessé de bouger et qui a même longtemps disparu de la carte d'Europe sans jamais cesser de vivre dans la langue et le sentiment national; dans le religion aussi, avec toute l'ambiguïté de la position de la majorité catholique envers les minorités orthodoxe et surtout juive. Varsovie célèbre les soixante ans de l'insurrection de 1944, cérémonies officielles, portraits et bougies devant les églises… Le 1er août 1944 Varsovie s'est soulevé contre l'occupant à l'appel du gouvernement polonais en exil à Londres, l'armée soviétique a attendu dans les faubourgs de l'autre côté de la Vistule que la ville soit réduite à néant. Au printemps 1943, c'est le ghetto qui s'était soulevé et cela s'était déjà terminé par une extermination. Sur la vieille place, on peut se faire photographier en partisan, en passant la tête dans l'ovale découpé dans une toile peinte.


Voyage vers l'est un dimanche, beaucoup de monde à la sortie des messes et dans les cimetières. Des hypermarchés dans les faubourgs, dont certaines enseignes françaises. Dans la campagne, des meules de céréales en gerbe, mais nous verrons plus au sud des moissonneuses batteuses. A Bialystok, on voit des publicités sur les toits et les murs des immeubles. Dans les villages, des maisons sont en bois, des églises orthodoxes côtoient les églises catholiques. Devant les maisons, des hommes en casquette et des femmes en fichu, assis sur des bancs, regardent passer les voitures.


C'est dans en Lozère que nous avions eu l'idée d'aller à Bialowieza, même si le bison a disparu de France ailleurs que dans l'art pariétal. Les derniers bisons sauvages d'Europe qui vivaient dans la forêt de Bialowieza ont été exterminés pendant les combats de la première guerre mondiale mais le cheptel de la forêt polonaise fut reconstitué à partir des animaux de différents parcs zoologiques d'Europe. Il a passé la deuxième guerre mondiale mais fut diminué par la fièvre aphteuse. Craignant qu'une épizootie n'extermine l'espèce, les biologistes polonais cherchèrent à créer un pôle de reproduction hors de Pologne. Peu peuplée, boisée et connaissant des hivers froids, la Margeride correspondait aux critères recherchés. Depuis 1991, il y a donc des bisons d'Europe à Sainte Eulalie en Margeride, dans un grand parc où ils vivent en semi-liberté et où les visiteurs peuvent les admirer, à partir d'une calèche l'été et d'un traîneau l'hiver, les bisons ne supportant les humains que transportés par des chevaux. Pourquoi ne pas aller voir les bisons dans leur forêt d'origine, promue d'ailleurs réserve de biosphère par l'Unesco ? Nous voila donc à la frontière est de l'Union, à trois kilomètres de la Biélorussie (ou Belarus, si on préfère), qui a aussi une réserve forestière, d'une superficie huit fois plus élevée que la réserve polonaise, mais qui n'est pas facilement accessible, du fait de visas et autres paperasses.


Le village de Bialowieza, tout en longueur, compte trois hôtels et de nombreuses chambres d'hôte, pour touristes polonais et étrangers. Le Parc du Palais comprend de nombreux bâtiments de bois tous situés dans la partie basse et un magnifique parc à l'anglaise avec des arbres rares. La Palais était celui des tzars qui y avaient une réserve de chasse, il a est détruit depuis longtemps. La réserve de forêt primaire démarre au-delà du Parc, après quelques champs. L'entrée est grillagée et gardée, on ne peut y pénétrer qu'avec un guide. Certains guides sont anglophones ou germanophones, la nôtre donne sa carte de visite à la fin pour qu'on lui envoie une carte postale et fait don aux seuls francophones du groupe d'un livret religieux dans notre langue. La forêt est présentée comme "primaire" ou "vierge" mais on s'y est battu pendant les guerres, elle abrite d'ailleurs un monument aux partisans. On y voit des arbres pluri centenaires mais pas de bisons. L'homme n'intervient qu'au minimum, les arbres tombés sont laissés au sol, seuls les sentiers sont dégagés, à la scie mécanique. La forêt semi protégée se situe au nord de la forêt strictement protégée, on peut s'y promener librement et y faire du vélo. La carte en vente dans le Parc du Palais indique deux parcs zoologiques mais on n'en trouve qu'un sur le terrain. Ce Parc zoologique présente des bisons bien sûr, et d'autres mammifères présents dans la forêt, dont les tarpans, petits chevaux robustes proches de ceux que montait Gengis Khan. Il y a aussi des Zubronie, hybrides de bison et de vache ou de bisonne et de taureau domestique dont les mâles de première génération sont stériles. Élevés dans plusieurs fermes de Pologne, ils sont parait-il très bons à manger.


La petite ville de Hajnówka comprend une grande église orthodoxe, un café orné d'une tête massive de Lénine et autour du cinéma de nombreux petits marchands vraisemblablement biélorusses qui proposent vêtements, petit outillage et produits de maquillage à des prix défiant toute concurrence. Nous traversons la plaine vers Cracovie. Beaucoup de nids de cigognes, sur les toits mais aussi au dessus des poteaux électriques, sur des supports construits à cet effet. Une locomotive électrique plus toute jeune tire un train de marchandises. Très souvent, des croix ou des statues dans un petit enclos décoré de rubans et de fleurs, il y a même une statue de la Vierge dans le jardin de certaines maisons neuves. A la sortie d'un village, où il est encore interdit de doubler et de dépasser le 60 km/h alors que la route est large et le bâti peu dense, une voiture de police est embusquée. Les voitures arrivant en sens inverse préviennent par des éclats de phares, si bien que la moisson de PV ne doit pas être si bonne que prévue. Les faubourgs de Lublin sont constitués de barres d'immeubles entre lesquelles se dressent de plus récents hypermarchés et une église neuve, la réfection de la route est financée par le FEDER. Le long de la route, certaines maisons neuves ne font pas dans la modestie : coupole centrale, péristyle soutenu par deux atlantes… Un camion porte sur sa bâche les couleurs d'un transporteur français : filiale ou revente d'occasion ? Nous parions pour la revente car nous en avons vu d'autres encore aux couleurs d'un maraîcher du sud-est ou d'un électricien et manifestement dévolus aujourd'hui à d'autres fonctions. Les nouveaux Etats-membres ont remplacé le Maghreb comme marché de l'occasion des biens d'équipement. Dans un champ, une antique moissonneuse-batteuse, dans un autre on coupe à la faux. Chardons et bleuets sont mêlés aux céréales, la Pologne souligne à usage des consommateurs étrangers le côté biologique de sa production agricole.


En arrivant à Cracovie, nous allons jeter un coup d'œil à Nowa Huta. En 1980, nous avions été emmenés au poste sous accusation d'espionnage et la pellicule détruite parce que j'avais pris une photo du complexe sidérurgique, de l'extérieur bien sûr. Aujourd'hui une cheminée crache une fumée noire, nombre d'installations semblent abandonnées, des usines modernes contrastent avec l'ensemble. Il y a maintenant de nombreuses voies rapides dans l'agglomération.


Les mines de sel de Wieliczka sont une grande attraction touristique à une quarantaine de kilomètres du centre ville, le minibus d'une société privé y emmène pour 2 zlotys, soit un demi euro. Dans un parc, une vieille dame cueille des pissenlits. Une inscription sur un mur: "anty jude".
Il y a encore six cent mineurs qui travaillent à l'entretien des deux cents kilomètres de galeries et des centaines de salles de la mine de sel, à une température constante de quatorze degrés. Les visites, organisées en diverses langues, font se succéder les visiteurs, dont une majorité de Polonais, sur un pour cent de la superficie. Le guide expose aussi imperturbablement la formation des mines de sel gemme il y a trois cent millions d'années que la légende de la reine qui jeta une bague dans une mine de sel en Bohême et la retrouva dans les Etats de son époux cracovien. Le sel est dur et gris comme de la pierre, des mineurs y ont sculpté de nombreuses statues. La chapelle Sainte Cunégonde est immense, sols, murs, statues et décoration sont en sel, y compris les pendeloques des lustres en cristaux de sel. Il n'y a guère que la photo du pape et les fils électriques qui ne soient pas de ce matériau ! Le musée est assez décevant, il n'y a pas grand-chose sur l'évolution des techniques d'extraction qui ont quand même du évoluer du quatorzième au vingtième siècle.


La grande place de Cracovie et la vieille ville dans son ensemble sont toujours aussi belles. Magasins, y compris d'alimentation, cavistes, changeurs, marchands de tee-shirts et de souvenirs, presse et développement de photos, y compris numériques : le commerce a repris du poil de la bête. Le taux de change varie considérablement, de 4,3750 zlotys pour un euro à 3,9020. Les kantor affichent à l'extérieur le taux de vente de l'euro alors que c'est son prix d'achat, très nettement inférieur, qui concerne le touriste. Le développement des photos coûte quatre fois moins cher qu'à Paris. La supérette locale vend du "camembert" aux herbes, aux champignons ou au paprika.
Kasimierk, l'ancien ghetto, garde la trace des soixante cinq mille juifs de Cracovie tués par les nazis. On peut aussi visiter en groupe les lieux du tournage du film " la liste de Schindler ".
Wawel, le quartier du château, comprend des jardins, la cathédrale, le château qui se visite par appartements, le bâtiment des guichets devant lequel il faut longuement faire la queue pour prendre les billets, une estrade où dansent et chantent des acteurs en costume médiéval, un restaurant qui sert une cuisine correcte. La carte est en quatre langues mais le même plat est "pork" en anglais et "poulet" en français. On quitte Wawel par " la grotte du dragon " de fait un escalier creusé dans la roche s'achevant dans une cavité qui donne sur l'extérieur. Le dragon promis est une statue dont le socle sert de perchoir aux gamins que leurs parents photographient. Piétons, cyclistes et rollers se mêlent sur la promenade des bords de la Vistule. Un peu plus loin, des joueurs d'échecs. Ce sont surtout des hommes d'âge mûr, il y a une seule femme et peu de jeunes gens. Deux échiquiers sont tracés sur chacune des cinq tables mais sur certaines trois parties sont en cours sur des échiquiers de bois ou de carton.


Eglise de la Sainte Transfiguration, le dimanche à 17 h 30 une messe est en cours, l'église est pleine, des gens sont même à genoux par terre derrière les chaises, deux femmes assises sur un banc à l'extérieur suivent la messe par la porte ouverte. L'autel est décoré de glaïeuls, le haut aux couleurs de la papauté, blanc et jaune, le bas aux couleurs de la Pologne, rouge et blanc.

Des photos de Pologne? Cliquez ici

la suite du voyage, à Prague

Retour aux impressions de voyage
-O-
retour à l'accueil