Impressions de voyage : Allemagne

 

juillet 2004.


La Westphalie
nous souhaite la bienvenue et des éoliennes parsèment le paysage. Le carburant sans plomb coûte 1.21 euro sur l'autoroute, soit plus cher que Porte de la Chapelle.

Les véhicules immatriculés H sont ceux de Hannover (Hanovre) en contradiction avec la règle qui veut que ce soit la plus grande ville qui a droit à l'initiale unique. Mais Hamburg (Hambourg) s'affiche HH : ville hanséatique de Hambourg. Lubeck et Bremen (Brême) font de même. L'Histoire est encore bien présente en Europe, la puissante ligue qui regroupa jusqu'à quatre-vingt villes marchandes au Moyen-Age laisse des traces dans les plaques d'immatriculation de ses trois cités fondatrices et à Rome les plaques d'égout portent les initiales SPQR Senatus PopulusQue Romanus, le sénat et le peuple romain.

A Celle, ville de la région de Hanovre, une affiche pour les cigarettes " Gauloises " : un homme en pyjama promène son chien dans la rue, le texte de la publicité est " Liberté toujours ", en français. La France est associée par le consommateur allemand à la transgression vénielle des règles sociales.
Une bretelle d'autoroute mène à Wolsburg, usine historique de Volkswagen, beaucoup de poids lourds, dont bon nombre de porte-voitures, lesquelles ne sont pas toutes des Volkswagen.
L'ancienne frontière entre le RFA et la RDA est marquée par un parc à camions sur lequel restent un écriteau " zoll " et les ruines d'un mirador. Nous avions emprunté cette route en 1980, comme aujourd'hui pour nous rendre en Pologne. Notre visa de transit nous laissait quelques heures pour franchir le pays, avec interdiction absolue de quitter l'autoroute. La vitesse était alors strictement limitée dans certaines portions de ligne droite et en cas de transgression, l'amende, importante, était à payer immédiatement, en marks de l'ouest.
Les champs sont mixtes : éoliennes tripales et céréales. Toutes les éoliennes ne fonctionnent pas. Nous sommes dans la région de Magdebourg, ville dont bourgmestre réalisa au XVIIIe siècle la célèbre expérience sur la pression atmosphérique : le vide ayant été fait au moyen d'une pompe dans une sphère composée de deux parties simplement accolées, douze chevaux attelés tirant six par six en sens inverse ne purent désolidariser les deux hémisphères.
A Postdam, la plupart des musées sont fermés le mardi mais le nouveau palais de Sans souci est ouvert, il faut chausser des chaussons de feutre pour ne pas abîmer les parquets. Le personnel aux guichets est particulièrement revêche, est-ce un souvenir de l'époque du tout Etat ? Je ne sais plus qui disait avant la réunification: " la RFA fait fabriquer des voitures de luxe par des Anatoliens analphabètes et la RDA a rendu les Prussiens paresseux ".
Des affiches pour la prochaine consultation électorale dans le Brandebourg sont soigneusement ficelées aux réverbères. Il n'est pas rare que deux candidats sourient l'un en dessous de l'autre : on attache son affiche, on n'arrache pas l'autre.

Pour éviter Berlin ou y pénétrer par l'accès choisi, on n'est pas obligé de passer par un périphérique urbain : le berliner ring est à bonne distance et une radiale coupe l'agglomération : comme si une autoroute passait par Meaux, Senlis, Mantes, Rambouillet et Melun pour distribuer le trafic en région parisienne.

Berlin
Alexander Platz est dans l'ancien Berlin-Est. Il y avait alors, et il y a toujours, un nœud de transports urbains, la tour de la télévision et une horloge monumentale qui indique l'heure dans le monde entier. Il y a aussi maintenant un centre commercial et de nombreux troquets. Les immeubles rectangulaires sont décorés d'enseignes publicitaires au centre et de graffitis tout aussi colorés sur les côtés. Il faut faire la queue pour monter à la tour de la télévision, d'où on contemple l'agglomération.
L'île des Musées, où plusieurs monuments sont en restauration, doit bientôt accueillir le musée égyptien, actuellement situé en face du château de Charlottenburg, et dont les pièces les plus connues sont le buste de Néfertiti - " la plus belle des Berlinoises " dit le commentaire - et la " tête verte ", portrait sans concession d'un prêtre de l'époque grecque. Au château de Charlottenburg, le gardien, d'un air gourmant, attire l'attention du visiteur sur " l'armée prussienne campant sur les Champs Élysées ", ignorant le tableau voisin, " Bonaparte au Pont d'Arcole ".

J'étais venue deux fois à Berlin quelques mois après la chute du Mur, quand la ville n'avait pas encore pris ses marques : habitués à leurs itinéraires, les chauffeurs de taxi contournaient un mur qui n'était plus frontière; celui-ci était attaqué par les " piverts" qui faisaient sauter les éclats colorés des peintures apposées côté ouest et les vendaient ensuite; les bulldozers n'avaient pas terminé de jeter à bas les panneaux de béton dont certains partaient dans les musées du souvenir; l'état des immeubles et le mobilier urbain n'était pas le même des deux cotés de check point Charlie. Aujourd'hui la ville est propre et le petit piéton rouge ou vert des feux tricolores est la trace la plus évidente d'une ancienne ville sur ces lieux.

Le Mur passait tout près de la Porte de Brandebourg, ce fut la première section mise à bas. Tout près, devant la grille d'un jardin, des croix symbolisent les personnes qui se sont fait tuer en tentant de franchir le Mur, il y a toujours des fleurs. En 1990, des petits vendeurs proposaient outre des morceaux du Mur dans un sachet en plastique, les dépouilles de la RDA et de son armée: montres, vareuses et chapkas, livrets militaires ou de pionnier, décorations. L'accompagnatrice - de l'Ouest - de notre groupe de journalistes commentait l'état déplorable des immeubles et de la voirie à l'Est en soupirant: " Et dire que c'est nous qui allons payer tout çà ! ". Quand avec l'université européenne des ingénieurs et cadres nous avions visité une usine de lampes, ex fleuron de l'industrie est-allemande, les Allemands de l'Ouest étaient atterrés, les Français narquois et les Espagnols étonnés : pourquoi arrêter d'urgence une usine en parfait état de marche ?
Les drapeaux est-allemands flottaient avec un rond vide au centre, là où il y avait autrefois les armes de la RDA et les plaques de nationalité des voitures faisaient disparaître un " D " et le " R " de DDR pour devenir simplement " D ".
Quatre Traban dont deux chamarrées passent en convoi sur Unter den Linden, l'avenue " sous les tilleuls " considérée comme les Champs Élysées de Berlin au début et à la fin du XXe siècle, triste voie entre temps. C'est une opération publicitaire. Hormis celles-ci, il n'y a presque plus de Traban dans Berlin. Après avoir été le symbole de la consommation et de la liberté à l'Est, cette petite voiture devint la cible des moqueries de gens de l'Ouest. Beaucoup d'histoires courraient alors, dont une m'est restée en mémoire: "Sur une route, une Traban croise une bouse de vache et elles engagent la conversation.- Qui est-tu ? demande la bouse -Je suis une voiture, répond la Traban - Alors, moi je suis une pizza." J'avais alors été frappée par le côté systématique et sans aucun d'état d'âme de la volonté des responsables fédéraux de faire rentrer les nouveaux lander dans la stricte orthodoxie de l'Ouest. L'alignement devait être total, y compris en matière de taux d'emploi de la population. Les femmes ne seraient pas obligées à rester à la maison mais leurs emplois étaient les premiers supprimés et les crèches d'entreprise disparaissaient. Elles sont maintenant libres de ne pas travailler, nous disait-on. Le discours assimilationniste sans nuances était tenu aussi bien par les syndicalistes du DGB rencontrés dans le cadre de "l'Université d'été des ingénieurs et cadres" que par les responsables politiques en passe de déménager de Bonn à Berlin vus dans le cadre d'un voyage de presse, ce qui m'avait conduit à intituler un article "La plus grande fusion acquisition du siècle". Quinze ans après, il n'y a pas lieu de s'étonner que le film "Good Bye Lenin" ait eu un tel succès auprès des "Ossis. Néanmoins, Karl Marx Strasse et Rosa Luxembourg Platz n'ont pas été débaptisées. Le monument à la gloire de l'armée soviétique est toujours là, il se trouvait en secteur anglais, je n'ai jamais compris pourquoi.

Postdammer Platz était coupée par le Mur, il en reste un panneau de béton et un marquage au sol. Le centre Sony et le centre Daimler Benz ont restructuré le quartier, devenu un immense centre commercial. Au milieu de l'espace Sony, un hall immense abrité par un cône de verre rassemble boutiques et restaurants, un écran géant dispense des films publicitaires. Il fait beau, le restaurant est cher et de bonne qualité. Dehors, une montgolfière multicolore aux couleurs d'une grande marque survole les toits.

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