Les chronironiques de la vie quotidienne

 

Paris début décembre

Le Père Noël a la barbe grise, la pèlerine à capuche de la même couleur, deux grands sacs plastiques portant la marque d'une chaîne de supérettes en guise de hotte. Assis sur un siège du quai de métro Breguet Sabin, il regarde passer les rames.

L'emploi des quinquas n'existe pas

Un papier trouvé à la mairie du XIIe arrondissement : " Vous avez 55 ans … ou plus ! Nous vous informons (législation, droits, devoirs) sur Le CHOMAGE, La PRERETRAITE, La RETRAITE, Les PENSIONS de REVERSION, Les ACTIVITES BENEVOLES, La COUVERTURE MALADIE UNIVERSELLE (CMU). Permanences (….) ADIPR Tél (…) ASSOCIATION POUR LA DIFFUSION DE L'INFORMATION AUX PRERETRAITES ET AUX RETRAITES "

L'ADIRP n'informe pas sur l'emploi parce que l'emploi n'existe pas pour les seniors. Et oui, les statistiques macroéconomiques montrent que la France comme caractéristique de concentrer l'emploi sur les 30-55 ans, voire les 30-50 ans. On en a ici une illustration microéconomique parfaite : l'association prend acte du fait que pour ceux qui ont plus de 55 ans, le chômage est un état comme la préretraite ou la retraite. La retraite est plutôt dévolue aux gens des régimes spéciaux et depuis peu, à ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, la préretraite à ceux des grandes entreprises, le chômage aux ex-salariés des petites entreprises et du secteur non lucratif. L'emploi n'existe pas pour les seniors. Sauf à l'échelon directorial, me direz-vous. Certes. Mais l'emploi dans le secteur privé est entouré par une membrane osmotique, c'est à dire perméable dans un seul sens : une fois qu'on a quitté l'emploi stable après 50 ans, on ne peut pas y revenir. Cette vérité est d'ailleurs parfaitement intégrée par l'assurance chômage, qui permet aux plus de 50 ans de cumuler dans la limite de la durée de leur indemnisation celle-ci et des petits boulots, appelés missions ou honoraires de free lance pour faire plus joli. On en a une autre illustration dans la réflexion de la personne chargée du reclassement des permanents d'une grande organisation : " Tu as plus de cinquante ans et tu n'es pas fonctionnaire, je ne peux rien pour toi ".


Travailler peut coûter cher

Au guichet d'une agence Assedic. " Bonjour, nous sommes le 25 novembre et je n'ai toujours pas reçu mon indemnisation. J'ai déclaré le 3 sur Internet que j'avais travaillé une journée le mois écoulé et j'ai déposé ma fiche de paye le 4 dans la boite aux lettres ici. D'habitude, le virement se fait vers le 6 quand je n'ai pas travaillé et vers le 12 ou le 15 quand j'ai eu un petit boulot, rien cette fois-ci. Sur Internet, on me disait le 15 que mon dossier était en cours de traitement et hier le 24 qu'on avait pas d'élément à me communiquer. Mais le virement n'est pas fait et de ce fait je suis en découvert. Qu'est ce qui se passe ? " " Attendez je regarde à l'ordinateur… oui, tout est en règle mais nous avons eu beaucoup de travail, nous n'avons pas eu le temps de traiter les cas des gens qui ont travaillé. Si vous avez votre fiche de paye, je vais régler cela tout de suite. Voila, la demande de virement est partie " " J'ai reçu soixante euros de salaire et je suis de ce fait en découvert puisque je touche l'argent d'ici trois semaines plus tard. Que faire pour éviter que cela se reproduise ? " " Vous faites comme vous avez fait, il n'y a pas d'autre solution. "

 

Sous-vêtements et téléphone

Une pub dans le métro : une fille en sous vêtements et pour tout commentaire " 16,95 euros et Bernard vous envoie 60 SMS par jour ".
C'est de fait une double pub, à la fois pour la marque de sous vêtements et pour les téléphones portables en général. Quelques affiches plus loin, les fabricants de téléphones portables mettent l'accent sur la possibilité de prendre des photos avec la nouvelle génération d'engins. Et à la télévision on vous adjure de tirer sur papier les photos de filles en maillot de bain… C'est la ronde de la consommation.


La notion de l'urgence

Le train entre dans l'agglomération de Poitiers. Une jeune femme se lève et dit à sa voisine qui écrit " Laissez moi passer, je descends ". " Moi aussi " répond l'autre en continuant d'écrire, " il reste encore plusieurs minutes. " Le ton de la première va vers l'aigu :" Mais je veux descendre ! Laisser moi passer ! " " Faites donc " dit l'autre qui pousse ses papiers, replie la tablette et met ses jambes de côté avant de se remettre à écrire. Le haut parleur annonce l'arrivée en gare, elle écrit toujours. Quand le train ralentit, elle range ses affaires, se lève, prend son manteau et descend sur les talons de sa voisine qui a attendu debout dans le couloir.

un trajet en bus

Je vois l'autobus 56 à l'arrêt de l'autre coté du boulevard Magenta. Normalement, je n'ai pas le temps de traverser avant qu'il ne démarre mais j'essaie quand même. Quand j'arrive en hâte à l'arrêt, il est toujours là… et le chauffeur est en train de téléphoner pour signaler l'incident puis sort un constat car le bus a été accroché par une camionnette de livraison. Le chauffeur de la camionnette n'a visiblement pas envie de donner ses papiers, il faut que le conducteur du bus insiste pour qu'il aille les chercher. Comme un passager l'interpelle sur le thème " Dépêchez-vous, vous nous faites perdre du temps ", il répond qu'il " n'en a rien à foutre ", ce qui évidemment ne rend pas les passagers plus contents mais ne fait pas perdre son calme au machiniste qui continue à remplir le formulaire.


Un camion klaxonne car les deux véhicules arrêtés l'empêchent de se garer devant le magasin qu'il va livrer, bloque la circulation en restant en travers et finit par partir plus loin en manifestant bruyamment son mécontentement.


Enfin le bus repart, juste comme un autre 56 apparaît derrière lui. Ceux des passagers qui étaient descendus remontent et nous partons.
Plus loin, les passagers qui veulent descendre ne le peuvent pas, les portes du bus s'ouvrent sur le toit d'une voiture garée devant l'arrêt de bus. Le conducteur avance de quelques mètres et les passagers peuvent se faufiler entre les voitures installées dans le couloir réservé.


A l'arrêt suivant, un homme muni d'un gros sac s'installe sur une banquette qui fait face à la "rotonde" dans le fond. Il a un pansement à la main droite et il sort une bouteille de sa poche d'où il verse du liquide sur son pansement. L'odeur de l'éther se dégage. "Ça pue, ton truc" l'interpelle un jeune homme. "C'est pour mon pansement" répond l'homme qui explique qu'il sort de l'hôpital où on lui a fait une greffe de rein. "Mais il y a eu rejet, bien sûr" continue-il en respirant son pansement. "Tu sniffes!" accuse le jeune. "Oui, mais je t'explique pourquoi" "D'accord, tu as mal mais ça pue" "Ils m'ont opéré aussi les artères, ils les tirent pour les enlever, ça fait très mal". La jeune revient sur l'éther : "En faisant çà, ça t'arrange pas" "Oui, mais ça soulage". Le jeune homme descend, en passant, il frappe l'épaule de l'éthéromane en lui souhaitant bon courage.


L'homme au pansement sort sa bouteille et s'en verse une rasade sur la pansement. Deux dames qui ont chacune un enfant dans une poussette pestent et partent vers l'avant du bus. Je proteste "Arrêtez! n'en remettez pas" "Zavez qu'à aller ailleurs!" "Vous n'avez pas à monopoliser la moitié de l'autobus pour sniffer tranquillement. D'ailleurs, comme disait le jeune homme, c'est mauvais pour votre santé" "Va faire la mégère ailleurs!" "Je vous ai demandé poliment d'arrêter de verser de l'éther et j'aimerai que vous cessiez". Il me regarde d'un air mauvais. Le bus s'arrête car un passager est allé chercher le conducteur. Celui-ci demande à l'éthéromane de descendre, d'abord civilement "Monsieur, il faut descendre, vous gênez les autres passagers" puis moins aimablement "Fous le camp et plus vite que ça" quand l'homme refuse de sortir parce qu'il a payé son trajet. L'autobus repart, laissant sur le trottoir l'homme qui brandit son pansement sale en un geste de malédiction.

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Vu dans le métro

Deux jeunes gens, tout en bavardant entre eux dans une langue que je n'identifie pas, présentent avec négligence aux voyageurs une feuille de papier imprimée. Pétition ou demande de fonds, elle leur est mise sous le nez mais pas nécessairement dans le sens de la lecture et évidemment, personne n'y porte attention. Cela ne semble pas troubler les deux bavards qui parcourent la rame. Ils me rappellent les hommes qui passent entre les tables des restaurants proposer des roses avec le même manque de conviction. Quel est leur objectif ?

Un après-midi de semaine sur la ligne 6. une jeune fille vêtue d'un pantalon beige, d'un pull noir et d'un long imperméable noir porte un foulard tenu par des épingles dont il n'échappe pas une mèche de cheveux. De son grand sac noir, elle tire un yaourt et une cuiller et mange. Le ramadan étant terminé, ce n'est pas la rupture du jeûne, juste une petite faim. En face d'elle, une passagère lit un article du Monde dont le titre est "Le débat sur l'intégration des musulmans agite l'opinion et la classe politique allemande".

Une publicité dans la rame, un dessin et du texte dont on ne peut de loin lire que le titre : "Changer de matelas n'est plus un cauchemar". Le dessin représente deux personnes couchées sous la couette sur un ensemble sommier et matelas, sans bois de lit. D'un côté, des caisses de déménagement, de l'autre, deux flûtes à champagne dont l'une est renversée.
Quel est le message ? On peut comprendre que la literie coûte si cher qu'il ne vous reste plus rien pour acheter des meubles mais ce n'est sûrement pas ce qu'on voulu dire les publicitaires…

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A l'accueil du Conseil Economique et Social, un coursier se présente avec un pli et demande une signature sur la feuille de livraison. "Je vous mets le tampon" dit l'huissier. "Je n'ai pas le droit de prendre un tampon, il me faut une signature" "Je n'ai pas le droit de signe" "Alors je reprends le pli" "Je vais vous faire un grigri sur le tampon".

Le strict respect des procédures -dont on peut d'ailleurs douter de la pertinence- aurait conduit à un blocage. Mais l'inventivité du travailleur a sauvé la situation !

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Une affiche pour le salon de l'éducation. Par-dessus, un graffiti "we dont need no education".

En êtes vous bien sûr ?

.........................................mais un lecteur me dit: le "we don't need no education" est tirée de l'album the Wall des Pink floyd et c'est une fameuse chanson...

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A la vitrine d’une quincaillerie: «Promotion sur les trolls fleuris».

Il ne s’agit pas d’un être du bestiaire médiéval fantastique couronné de végétation mais d’un chariot à roulettes dont la toile est imprimée de fleurettes.

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Un roman policier historique «Crimes dans la cité impériale» se déroule en 1803 à 1809 à Compiègne. En édition de poche (J’ai lu policier), l’illustration de couverture représente une morte en vêtements blancs au pied d’un escalier, regardée par un homme en pourpoint. La quatrième de couverture nous dit qu’il s’agit du tableau «The Death of Amy Robsart in 1560 (oil on canvas) by William Frederick Yeames (1855-1918) Bridgeman Art Library.»

Aucun rapport, ni chronologique ni symbolique. Les éditeurs choisissent-ils les illustrations de couverture à la roulette ou au 421 ?

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Farouche discussion autour d’une table entre professionnels de l’écriture pour savoir si « plusieurs » commence à 2 ou à 3. Il n'y a pas d'article dual en français et notre grammaire ne connaît que le singulier et le pluriel. Cependant, sans même aller chercher un dictionnaire, on trouve la distinction entre «deux» et «plus que deux» dans la pub voyagiste ("partez à deux ou à plusieurs") et dans les publications "pour adulte" où plusieurs exclut précisément deux!

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Travaux sur le boulevard Magenta à Paris, un homme grommelle tout seul à haute voix « ils nous cassent les c… avec leurs p… de travaux de m… ». A quelques mètres, la pancarte de la Ville annonce que le boulevard va devenir «civilisé», il n’y aura plus qu’une voie pour les voitures, deux couloirs pour les vélos, deux autres pour les autobus. Magenta en voie unique, que vont devenir les manifs ? J’imagine mal les cortèges qui parcourent ce boulevard se restreindre à la voie centrale et laisser les pistes de côté aux vélos et aux bus. Mais si on se "civilise" vraiment, pourquoi pas s’arrêter aux feux rouges comme en Scandinavie ?

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Un homme d'une trentaine d'années à un autre, à la terrasse d'un troquet : "Il vaut mieux être vieux et moyennement en forme que jeune et carrément mal".

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"L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux" passe à la télévision. C'est la première fois que je regarde un film sur M6 et je m'étonne bêtement du nombre et de la durée des interruptions publicitaires. Quand au film, produit, réalisé et interprété par Robert Redford, il a bien du charme mais je ne puis m'empêcher de penser que les saisons sont admirablement opportunistes : les New-yorkaises passent le printemps et l'été dans le ranch, on peut se demander comment elles auraient apprécié l'hiver rude du Montana.
Que la tache blanche sur la tête du cheval Pilgrim change de forme selon les scènes ne me dérange pas trop, il est difficile qu'un seul cheval joue toutes les scènes d'un film. Que les éleveurs du Montana croient que les femmes marocaines ne promènent toutes avec un masque sur le visage, d'accord, la Méditerranée est un lac dont un Etatsunien confond volontiers les divers riverains. Mais que l'avocat ait rencontré en Inde la journaliste en quête de "toubab" m'étonne franchement. Jusqu'à plus ample informé, c'est un vocable ouest-africain. Mais le film était doublé, ce qui m'amène à me poser la question : est-ce Redford qui s'emmêle les pinceaux ou sont-ce les traducteurs ?

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Dans le métro, une affiche publicitaire "Pack Disney Euro, 4 chaînes pour les petits, les moyens et les grands". Pour que chacun ait sa chaîne, il faudrait des moyens grands et des moyens petits, comme Mao Tsé-Toung avait théorisé la catégorie des paysans moyens-pauvres. Sinon, on est devant la même problème que ce petit garçon quand la maîtresse de maternelle avait demandé de trier les cubes de différentes tailles en deux catégories, les gros et les petits. Tous les enfants avaient fait deux tas, mais lui ne raisonnait pas selon un mode binaire et était perplexe, ne sachant que faire des moyens.

De la nécessité, quand il existe un continuum, des décisions arbitraires…

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le portail de Notre-Dame

Eté 2004 - Les touristes sont entrés dans Paris. Beaucoup visitent Notre-Dame et provoquent un embouteillage à la sortie de la cathédrale. En effet, les niches qui entourent la porte nord sont vides de statues. Les touristes posent donc dans celles-ci pour se faire photographier. J’ai vu un groupe d’Ibères mains jointes et l’air recueilli, une Asiatique  formant un mudrâ bouddhique avec les mains et beaucoup de joyeux lurons saluant l’objectif.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: pub et antipub

Une affiche dans le métro qui semble à première vue avoir été la cible des «casseurs de pub» : en haut le prix d’un téléviseur grand écran est maculé, ne lassant apparaître que 99 euros, en bas des logos dont on n’aperçois plus qu’un peu morceau d’ovale rouge… Et au-dessus de morceaux de papier blanc recouvrant un graffiti, une écriture rageuse barrant l’affiche «Et si on a besoin d’une tondeuse à gazon?». Mais l’affiche vient d’être collée et un sigle «Leclerc» montre que cette anti-pub est une pub commerciale.

Les chronironiques de la vie quotidienne: le PLU de Paris

La Ville de Paris envoie à chaque foyer un questionnaire concernant le Plan local d’urbanisme. Les six groupes représentés au conseil de Paris donnent leur avis sur ce questionnaire. Citons l’admirable 3e paragraphe du groupe Union pour un mouvement populaire : «Rejetant le principe du référendum qui aurait pourtant permis à tous les Parisiens de faire valoir leur point de vue, le maire de Paris vous propose de participer à un simulacre de débat en répondant à un questionnaire trop généraliste». Certes, le questionnaire est aussi mal fait que n’importe quel sondage d’opinion mais j’ai du mal à croire que la question référendaire «Approuvez-vous le nouveau Plan local d’urbanisme ? oui/non» aurait été meilleure pour «permettre aux Parisiens de faire valoir leur point de vue». 

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: l'info schizo

Samedi de Pentecôte, l’autoradio est branchée sur Autoroute FM. Flash d’information : ce soir, match de la finale de la coupe de France PSG Châteauroux. Un quart d’heure plus tard, prévisions de circulation : un match ce soir au stade de France, évitez l’A1 et le périphérique. J‘ai trouvé le traitement de l’information un peu schizophrénique : pourquoi ne pas dire dans les informations que le match provoquerait des difficultés de circulation et dans les prévisions de circulation qu’il s’agissait de la finale de la Coupe? 

Les chronironiques de la vie quotidienne: grosse fatigue

Une étude d’un syndicat professionnel des industries du plastique : le deuxième débouché de la branche est le secteur du «bâtiment et des travaux plastiques» puis plus loin «bâtiment et travaux publiques» avant d’arriver à la troisième occurrence à «bâtiment et travaux publics».

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: Africamérica

Le Monde daté 20/21 juin, édition papier, le Monde argent, page IV, dans les brèves. «Art africain: un plat peint Maya de "style codex" datant de la seconde moitié du premier millénaire a été adjugé 277750 euros..»

Ca doit être la dérive des continents...

Les chronironiques de la vie quotidienne: chers petits


Affiche d’une agence de voyages : «0 en dictée, 0 en dessin, 0 en gym ? Un bon point : en juillet, vos enfants payent 0».
On peut noter que les zéros obtenus par les chères têtes blondes ne le sont pas en maths ou en anglais : il y a des matières dans lesquelles le fait d’être nul suscite la réprobation et d’autres, l’amusement. L’orthographe est la science des sots, tout le mode ne peut être artiste, ce sont les cancres qui sont bons en sport : les préjugés ont la vie dure.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: changement d'enseigne


Un magasin d’informatique dans le XIX « King Price Computer – KPC ». Auparavant, il s’appelait « The King Computer – TKC ».
Il est vrai que phonétiquement, ce n’était pas très heureux…

Les chronironiques de la vie quotidienne: promotion


Une boutique propose une promotion sur les vêtements d’enfants : «Prenez-en deux, n’en payez qu’un».
Vous achetez deux impers à 40 euros, deux robes à 15 euros, deux tee-shirts à 5 euros, et on vous facture 95 euros, les trois articles les moins chers étant gratuits. Si vous aviez acheté en trois fois, vous en auriez eu pour 60 euros. Réfléchissons bien avant de passer à la caisse!
 

Les chronironiques de la vie quotidienne: pauvre mère


Entendu dans un train de banlieue : « Elle est urgentiste, elle travaille 80 heures par semaine, comme ils divorcent elle va avoir les enfants et ça va être dur de tout faire. Surtout que le fils, il faut l’emmener aussi au sport et à la piscine. Il y a le bus devant la maison mais il veut que sa mère l’emmène en voiture. Elle a trouvé un paquet de cigarettes dans sa chambre, il a d’abord dit que c’était pour sa cousine. Elle lui a dit "dis-moi la vérité" et il lui a répondu "avec ce que tu fumes, tu n’as pas de leçons à me donner" et elle a dit " quand j’avais douze ans, je ne fumais pas ! ". Et elle a vu qu’il se mettait à porter des strings. »

Bon courage !

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: graffiti

Une affiche « Starky et Hutch enfin au cinéma ». Des « casseurs de pub » ont remplacé les noms des deux flics américains par « Sarko et Perben »

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: prononciation

 Samedi 20 mars 2004, Michel Barnier, commissaire européen, invité du journal de 12 heures de RFI, est interrogé sur le terrorisme et le récent attentat de Madrid. «L’Espagne connaît le terrorisme de l’ETA» dit-il mais il ne prononce pas E.T.A. mais «éta» si bien qu’à l’oreille on peut entendre « terrorisme de l’Etat », ce qui n’est manifestement pas ce qu’il voulait dire.

 

Semblablement, avant la guerre en Afghanistan, une amie entendant « les talibans » comprenait «l’Etat Liban» et s’étonnait de notre détestation…

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: mort à vélo

  Un ancien dirigeant du cyclisme français soupire : « Dès que la conversation vient sur le sport, on me dit que les cyclistes sont dopés à mort ! Il y a certes des problèmes mais ce n’est pas le seul sport qui en connaisse ! » Quelqu’un répond : « mais c’est très ancien dans le cyclisme, Bobet et Copi en sont morts ». Il proteste vigoureusement : « Bobet est mort à cinquante-cinq ans, ça arrive à d’autres, et Copi est mort de la malaria ! Anquetil, oui, il était blindé.» « Simpson est bien mort de dopage » dit quelqu’un d’autre. « Oui, mais surtout parce qu’il avait mélangé les médicaments et le whisky ! ».

Sur la route du Mont Ventoux, il est une halte quasi systématique pour les touristes qui montent admirer le paysage, la plaque à la mémoire de Simpson à l’endroit où il est tombé, couverte de fleurs.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: un chien dans le métro

  Métro de Paris, ligne 4. La rame reste à quai. Une annonce « En raison de la présence d’un chien sur les rails à Etienne Marcel, le trafic est interrompu entre Châtelet et Réaumur Sébastopol, veuillez emprunter les lignes en correspondance ». D’où vient ce chien ? D’après le règlement de la RATP, seuls sont autorisés les chiens guides d’aveugle et les animaux de petite taille dans des paniers. Un chien guide d’aveugle partant courir la prétentaine, c’est impensable ; un caniche s’échappant pour vivre sa vie, c’est difficile à croire ; un pitbull partant chasser le rat, l’idée m’amuse. Et j’imagine les employés de la RATP à la chasse au fauve, pendant que quelques milliers de voyageurs perdent leur temps.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: les sorciers du téléfilm

  L’autre jour, nous regardons un téléfilm « la lune rousse » sur France 2 ou 3, dont Télérama disait le plus grand bien. Une histoire de sorcellerie  à notre époque. Le sujet aurait pu être génial mais alors là… L’assassin écrit des messages manuscrits alors qu’il est brigadier de gendarmerie, ses gendarmes ne reconnaissent pas son écriture, très vraisemblable. Mais le plus beau, c’est la maison de la grand-mère où il n’y a ni électricité ni téléphone (à quelques centaines de mètres du village sur le Causse Noir). Et cela n’empêche nullement la jeune héroïne qui s’éclaire à la lampe à pétrole de trouver sur Internet des articles de presse régionale datant de plusieurs années à partir d’un ordinateur portable qui a l’air très ordinaire mais doit être relié directement à un nuage. On vous disait bien que c’était une sorcière !


Les chronironiques de la vie quotidienne: Toulouse

Claude Nougaro est mort, Toulouse lui a rendu hommage. J'aimais bien Nougaro et sa chanson "Toulouse" est à mon avis exceptionnelle au sens où elle célèbre une ville aimée sans tomber dans le nationalisme étroit et agressif. C’était aussi le cas de « le plat pays ». Cela me fait penser à un passage du bouquin de sociologie-fiction d'Ursula Le Guin "la main gauche de la nuit" dans lequel un personnage dit en substance "J'aime ce pays et ces vallées mais je ne conçois pas un amour qui se transforme en haine au delà d'une certain ligne de crêtes". A méditer, y compris si le chauvinisme n’est pas seulement territorial mais aussi communautaire.

Je connais Toulouse, enfin j'y suis allée, dans une vie antérieure, quand je travaillais à CdF Chimie, un groupe chimique aujourd'hui disparu. Dans la grande restructuration de la chimie française des années soixante-dix, l'EMC – Entreprise Minière et Chimique - avait apporté APC – Azote et Produits Chimiques - ,l'usine de Toulouse, à CdF Chimie et était entrée dans le capital de celle-ci (avec siège au conseil de surveillance). J'étais à l'époque adjointe au chef de la trésorerie centrale du groupe et je suis allée plusieurs fois dans les bureaux de la direction financière, route d'Espagne. L'usine était dans un état... un salarié m'a dit "notre usine, elle tient avec des bouts de ficelle".

Quand le 21 septembre 2001 au matin j'ai vu sur Voila la dépêche AFP :"explosion dans une usine chimique de Toulouse, plusieurs morts", j'ai pensé: "Tiens, l'APC a fini par sauter". L'APC était devenu AZF et il parait que l'usine avait été améliorée. C'est sans doute vrai mais je me rappelle qu'à l'époque (1978), le président de CdF Chimie avait été horrifié et de l'état de l'usine et de sa localisation (construite à la campagne dans les années vingt, elle avait été rattrapée par la ville). Il avait demandé des études pour la construction d'une usine neuve à trente kilomètres. Mais l'opération "Toulouse 2" ne s'est jamais réalisée, le coût en était énorme. Et entre temps on a continué à construire autour…

 

 Les chronironiques de la vie quotidienne: les pays de l'euro


Un catalogue propose un classeur « pour toutes les pièces européennes » en provenance des douze pays de l’euro. L’affiche chez le boulanger commet la même erreur. Il y a bien douze pays qui ont adopté l’euro mais il y a quinze face nationales : Monaco, San Marin et le Vatican ont des pièces propres, d’ailleurs très recherchées par les collectionneurs. Les marchands de classeurs ne veulent pas décevoir les acheteurs qui se retrouveraient avec des pages désespérément vides ?

 

 Les chronironiques de la vie quotidienne: le poids de la viande

 Un boucher dans le Xe arrondissement.
La cliente : un rosbif de 450 grammes, s’il vous plait.
Le garçon boucher coupe un grand rosbif en deux et pèse, la balance marque 560 grammes.
- il y a 500 grammes, ça va.
- je vous ai demandé 450 grammes.
- Mais le deuxième morceau est plus gros
- Il fallait couper 450 grammes. Débrouillez-vous.
- Et avec ça ?
- Quatre tranches de jambon
Le garçon boucher coupe les tranches, enveloppe le rosbif.
- Et avec çà ?
- Ce sera tout pour aujourd’hui.
- Vous en avez pour X euros en tout.
La cliente, s’adressant à la femme du patron qui est à la caisse :
-    Mais… il a rectifié le poids du rosbif ?
La patronne, un peu gênée
-    Non, je ne crois pas.
-    Je ne prendrais pas un rosbif qui fait 25% de poids de plus que ce que j’ai demandé. Je n’aime pas jeter les restes.
Le garçon boucher, au patron
-    qu’est ce que je fais ?
-    Enlève une tranche, je la mangerai ce soir
Il repèse. Il y a 445 grammes.
-    Avec tout çà, maintenant, vous en avez moins qui ne faut !
-    A 5 grammes près, c’est acceptable.
Il sort le ticket.
-    Tiens, c’est curieux, il y a moins de poids et le prix est le même.
Le croirez-vous ? La cliente a changé de boucherie.



Les chronironiques de la vie quotidienne: des politiques et des juges

  Une dame des beaux quartiers de Paris :
« Ce n’est pour défendre Juppé mais il n’a rien fait de plus que les autres. Les juges disent qu’il a trompé la confiance du peuple souverain. Mais Mitterrand a caché son cancer pendant des années et après il s’en est servi pour être réélu. C’est bien pire. Et ces juges disent qu’elles ont l’impression d’être espionnées. Et elles demandent une enquête sur les impressions ! c’est ridicule. De toutes façons tout le monde reconnaît que le jugement était excessif. C’est évident !»
Ah bon ?

 Les chronironiques de la vie quotidienne: enseigne

Une sandwicherie boulevard Voltaire a pour enseigne « Restaurant au saveur de Voltaire ».
Aïe, aïe, aïe, avant d’être un boulevard, Voltaire n’était-il pas un écrivain ? 

Les chronironiques de la vie quotidienne: conseil de classe

  Un lycée technologique de l’est de Paris. A la veille des vacances de février, les parents de l’unique classe de 1ere scientifique sont convoqués pour une réunion car certains enseignants ont constaté des « problèmes de comportement » et  des « résultats décevants ». Onze parents sont présents pour vingt-trois élèves inscrits. Un professeur regrette que les parents des élèves qui posent le plus de problèmes ne soient pas présents. Il devrait pourtant en avoir l’habitude. On parle du vol d’une calculatrice qui a eu lieu en classe. « 145 euros » précise le père du volé. Et le professeur de construction mécanique : « Il est inadmissible que de telles choses de déroulent en section S. Cette section est l’élite de lycée ».  Parce que si le voleur et le volé avaient été en section STI, cela aurait été moins grave ?

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: le paradoxe de Condorcet

 Une association, première réunion du nouveau comité directeur, quatorze présents. Une des questions à l’ordre du jour est de savoir si la soirée festive annuelle doit continuer à être gratuite, ce qui met à mal les finances de l’association, qui par ailleurs comporte deux collèges. Les uns pensent que la gratuité doit être totale, d’autres pensent que tous ceux qui viennent devraient payer leur écot, d’autres pensent que les membres d’un des deux collèges devraient être invités et que ceux de l’autre collège payer leur repas . On passe au vote. Gratuité totale : 6 voix ; gratuité pour un collège et paiement pour un autre : 4 voix ; paiement pour tous : 4 voix. La soirée reste gratuite.
Bel exemple du paradoxe de Condorcet : la majorité (4+4=8) était pour le paiement par les membres d’au moins un des collèges et ceux-ci ne paieront pas.



Les chronironiques de la vie quotidienne: propos à l'ANPE

 
Agence locale pour l’emploi. En attendant de voir le conseiller, les gens bavardent. Un « quinqua »: «J’étais cadre juridique dans une entreprise et j’ai été pris dans un plan social, je vais me mettre à mon compte comme conseiller juridique. Me faire salarier ? pas question, j’en ai assez de la hiérarchie. Profession réglementée, dires-vous ? Non, non, il n’y a pas besoin d’être avocat, n’importe quel juriste peut se mettre à son compte. Vous pensez que ce n’est pas avisé de devenir indépendant à dix ans de la retraite? Mais madame, il faut savoir prendre des risques dans la vie !» Une jeune femme «Je viens de terminer des études européennes pour être directrice de musée et je vais être obligée de travailler à l’étranger parce qu’en France les diplômes européens ne suffisent pas, il faut aussi passer les concours de la fonction publique. Je suis ici pour que l’ANPE me fasse un papier comme quoi je n’ai droit à aucune indemnisation pour pouvoir toucher le RMI en attendant de trouver un emploi. Non, mes parents ne peuvent pas beaucoup m’aider, j’ai besoin de ressources propres pour payer son studio. Je ne compte pas sur l’ANPE pour trouver quelque chose. Après mes études d’histoire, j’ai trouvé un CDD d’un an, à la fin de celui-ci je suis venue à l’ANPE, comme je suis trilingue ils m’ont proposer de conduire un minibus pour faire visiter Paris aux touristes. Je n’ai rien contre les conducteurs de minibus mais je n’ai pas fait des études supérieures pour cela. Je suis donc allée faire ces études de conservateur en Italie, et maintenant je cherche de nouveau…» Lui : «Quand on pense que les étrangers qui arrivent en France, ils ont droit directement au RMI et que vous vous n’avez rien !» Elle : «Mais j’ai droit au RMI ! Il faut simplement que l’ANPE dise que je n’ai pas droit aux Assedics…»


Les chronironiques de la vie quotidienne: le boucher et ses clients particuliers

  Une boucherie du Xe arrondissement de Paris. Une jeune femme assez fébrile passe devant les personnes qui attendent pour s’adresser directement à la patronne à la caisse : « Est-ce que vous avez du sang et des boyaux ? On fait un tournage ce soir et comme il y a un assassinat, il nous faut du sang et des intestins… » Le patron qui coupait des biftecks s’interrompt et lui dit qu’il ne peut rien pour elle. Elle part, désolée. La patron : « Je ne pense pas qu’on ait le droit de prendre du vrai sang pour tourner un film… » Une cliente : « Pourquoi pas ? On mange des cadavres d’animaux, pourquoi ne pourrait-on s’en servir au cinéma ? » Regards horrifiés du patron et des clients, appeler de la bonne viande des cadavres d’animaux, quelle idée !

La même boucherie, une semaine plus tard. Deux adolescentes entrent dans la boutique. L’une d’elles : « Maman voudrait savoir combien ça va coûter, le poumon. » Le patron « Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas çà qui va la ruiner! » Elles s’en vont et il commente : « C’est le lycée qui leur demande, je vais lui prendre un poumon d’agneau, ce n’est pas trop gros et pas trop petit non plus… Heureusement que les professeurs n’en veulent pas un par élève ! »



Les chronironiques de la vie quotidienne: du vent place de la Sorbonne

 Début février 04, place de la Sorbonne. Une jeune noire se tient derrière une table à tréteaux sur laquelle s’empilent des papiers. Un coup de vent et certains s’envolent. La jeune fille dispose des poids sur les journaux et laisse les tracs poursuivre leur chemin. Une dame regarde. Elle porte une cape à capuchon bordé de fourrure, un foulard sur lequel est posé un chapeau très chic. Elle ramasse les tracs qui ont volé sur la place en commentant « il ne faut pas laisser les papiers par terre, cela fait mauvaise impression » et va les rendre à la fille avec laquelle elle entame une discussion animée « mais c’est trrrès intéressant ce que vous dites ». Le tract appelle à un meeting commun LO-LCR : « L’insécurité, c’est pas les jeunes ou les immigrés, c’est le chômage et la précarité ». 


Les chronironiques de la vie quotidienne: les voisins de banquette

Dans le métro, un homme ayant largement dépassé l’âge de la retraite complémentaire bouscule mon vis-à-vis et moi en passant s’asseoir à ma gauche. Il sort de sa poche un carnet de mots croisés et commence à les faire en mettant son coude au dessus de mes genoux. Je soulève mon bras gauche et mécaniquement, je le heurte. Ses yeux très clairs me regardent méchamment et il s’exclame « tu me gênes la place, la vieille ! ». La fille en face de lui fait celle qui n’a rien vu, rien entendu, le jeune homme en face et moi pouffons discrètement. L’homme se lève et va se vautrer sur la banquette de l’autre côté du couloir où il y a deux places libres.


Les chronironiques de la vie quotidienne: discrimination ou pas

Publicité pour un grand magasin de bricolage à l’occasion de la Saint-Valentin : «Tous les KDO pour mon amour». A gauche, une fiche électrique mâle, une femelle ; à droite, trois de chaque sorte leur font face mais, sans doute pour échapper  à de possibles accusations d’homophobie, chaque fiche peut s’apparier aussi bien avec une du même genre qu’avec une du genre inverse…

-o-

Entendu chez la marchande de journaux où on parle de discrimination, positive ou pas, à propos de la nomination du préfet Dermouche.

« - Faut bien dire que les patrons ils hésitent à embaucher ces gens-là, parce qu’ils vont aux prud’hommes pour un oui pour un non. J’ai un collègue qui a eu tellement d’ennuis avec un qu’il est maintenant président du tribunal. Mais la petite jeune fille immigrée qui est sortie major – je dis bien major – de Polytechnique et qui a été la dernière de la promotion à trouver du travail, là, je dis que ce n’est pas normal.

- Il y a vingt-cinq ou trente ans, la première année où les filles ont pu faire Polytechnique, celle qui est sortie major n’a pas fait ce qu’on appelle une belle carrière

- Ah mais c’était l’époque du féminisme, les gens en avaient marre des femmes qui réclamaient. »


Les chronironiques de la vie quotidienne: le métro, panneaux et musiciens

Métro Reuilly-Diderot, le panneau signalant « Etablissement de transfusion sanguine » pointe vers l’affiche du film « les rivières pourpres, n°2 ».

Métro Jacques Bonsergent, une publicité pour des fournitures de bureau proclame : « Plus j’achète, plus j’économise » et une main anonyme a ajouté au crayon feutre : « N’importe quoi ! »

Toujours dans le métro : entrent au même moment dans la même voiture et par deux portes différentes, un homme - un mulâtre de vingt vingt-cinq ans – guitare en bandoulière et deux gamins - des Roumains peut-être - dont l’un muni d’un accordéon. Ils se jaugent du regard et chacun commence à jouer et chanter. Les voyageurs observent la cacophonie. Puis l’un fonce vers les autres. Échange bref de paroles abruptes. A la station, tout le monde descend. Quand le métro est reparti, ils étaient encore sur le quai à se regarder en chiens de faïence. Sont-ils ensuite montés dans deux voitures de la même rame ou dans deux rames différentes ? 

 

 Les chronironiques de la vie quotidienne: wanadoo et le calendrier

Peu avant Noël, nous trouvons dans la boite à lettres à la campagne une enveloppe aux couleurs de « Wanadoo, positive generation » proclamant « Découvrez à l’intérieur des offres qui vont vous faire changer d’avis…Offres limitées au 31/10/03 ». L’enveloppe avait été postée en date du 2 décembre ! Par curiosité, j’ai quand même ouvert et trouvé en fin de paquet, derrière la lettre personnalisée et deux prospectus portant tous trois la date limite du 31/10/2003, un recto verso annonçant « Prolongation jusqu’au 5 janvier 2004 ».

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: une musulmane laïque

30 novembre 2003 - L'autre jour, la femme de ménage (oui, j'ai une femme de ménage, l'ancienne nounou des gamins que je n'allais pas mettre à la porte quand ils ont grandi) voit avec nous aux infos de 13 heures à la télévision une séquence sur le voile. Pâle de rage "qu'est ce qui nous embêtent, ceux-la! On est en France, il n'y a pas de religion à l'école, tout le monde doit être pareil!"  
Complètement déchaînée, en plein ramadam qu'elle respecte scrupuleusement, elle nous sort une tirade ultra-laïque, déclarant même que la cantine est bien bonne de mettre du jambon de dinde au lieu de jambon de cochon: il suffirait de ne pas servir de porc aux enfants dont les parents le demandent et de leur donner double ration de légumes.

 

 Les chronironiques de la vie quotidienne: la capitale de la Turquie

20 novembre 2003. Attentats à Istambul. Une erreur si fréquente que beaucoup ne doivent plus la remarquer: Marie Drucker qui présentait les infos de Canal en clair à midi a dit deux fois que les attentats du matin ont frappé "la capitale de la Turquie".

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: Cuba si, Cuba no

 Le Monde daté du 27 octobre 2003 titre sur des révélations sur le pouvoir cubain. Dans le métro, une affiche annonce : « Santiago de Cuba, 989 euros TTC Cuba pour le décor et Lookea pour la mise en scène ». A la station suivante, « Varadero, la station vedette de Cuba dans une super production Lookea ». Dans les deux cas, un couple illustre la publicité de l’agence de voyages. Il est blanc, elle est suffisamment brune et bronzée pour que son image joue l’ambivalence : la touriste venue en couple ou la jinetera accompagnant l’occidental en mal de sexe pour une poignée de dollars. Car, quelque soit la phraséologie révolutionnaire qu’on y entend, Cuba marche au dollar et nombre de filles sont prêtes à tout pour des billets verts et encore plus pour un billet d’avion. Cela dit, je ne suis pas sûre que le retour des Yankees améliorerait le sort des Cubains…

Nous avons passé dix jours dans l’île le printemps dernier et j’ai commis un mini site http://cuba.en.avril.site.voila.fr/  

Cela m'a pris deux heures un dimanche matin, merci les sites pré-organisés de Voila ! Et cela remplace avantageusement vis-à-vis de la famille les séances de diapos du dimanche après-midi. Sans compter que c’est plus facile quand on a une cousine au Zimbabwe…

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: les imprimeurs express

  Je suis en panne de cartes de visite alors que je prends le train gare Saint Lazare. Heureusement, il y a une machine pour en imprimer promptement. Mais ce n’est qu’après avoir mis les 5 euros que je m’aperçois que le clavier ne comporte ni ë ni @ . Quand on se prénomme Marie-Noëlle et qu’on veut donner son adresse mèl, c’est un peu gênant…

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: l'homme qui ne prenait pas le train

  Le quai de la gare de Poitiers. « Ça fait trente-cinq ans que je n’ai pas pris le train » raconte un homme d’une cinquantaine d’années à qui veut l’entendre « et il n’y avait pas besoin de billet ou de place réservée. C’était les trains militaires qui partaient de la gare de l’Est vers Strasbourg. Ça a du bien changer depuis. » Certes ! et il s’en apercevra quand nous monterons enfin dans le TGV moderne, rapide, confortable… mais qui avait une heure et demie de retard.


Les chronironiques de la vie quotidienne: petit déj au troquet

  Hôtel Terminus, 7 heures du matin à Soissons. Une jeune serveuse au bar, un groupe d’habitués qui boivent leur café avant d’aller travailler. Ils parlent de la Corse. « - Le gouvernement leur donne ce qu’ils veulent, et c’est rien que nous qui payons » dit l’un d’eux. « - c’est comme les Russes » ajoute un autre qui a dû voir Thalassa vendredi dernier « l’argent qu’on leur a donné pour démonter leurs sous-marins nucléaires et qui pourrissent quand même… ». La serveuse ose : « Ce serait pas pire si une femme était président de la République ». Protestations : « Oh, quand même ! » Elle insiste « Même une blonde ! ». Un des mâles : « On a eu une femme Premier ministre, on a vu les dégâts ». Elle, obstinée : « Je dis pas que ce serait mieux, je dis que ce serait pas pire. »

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: un article de presse régionale

   Le journal l’Union du 7 novembre 2003. Titre de Une « Plan vieillesse : tous contre. Présenté hier par Jean-Pierre Raffarin, le plan de 9 milliards d’euros destiné à financer la dépendance des personnes âgées et handicapées est critiqué par aussi bien par les syndicats et les professionnels que par la gauche et l’UDF. » Et le titre de la page 11 « Le plan Raffarin ne fait pas l’unanimité ». En bas de page, le représentant local du Medef dit en effet que ce n’est pas si mal.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: l'agence d'intérim

  Une agence d’intérim près de la gare du Nord. Une affichette recherche « Manœuvres, manutentionnaires, agents de nettoyage, personnel qualifié uniquement ». Plus loin, une autre agence, celle-ci d’un réseau national « Voyez loin. Aujourd’hui un emploi donne une référence ». Étrange quand même, il faut être qualifié pour être manœuvre et ce n’est pas la référence qui donne l’emploi mais l’inverse…

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: la femme de l'artisan

  Samedi. Nous allons dans notre maison de campagne où des travaux sont prévus. L’artisan  n’est pas venu. Il habite dans un bourg de deux mille habitants, proche de notre village. Je téléphone pour savoir quand il compte venir. C’est sa femme qui assure la permanence téléphonique. Je laisse votre message dans le cahier. Parce que moi, je tiens un cahier, contrairement à lui qui note les choses  sur des petits papiers qu’il perd ensuite. Mais je vous préviens, demain il va à la chasse. C’est la saison, vous dites ? Pour lui, c’est toujours la saison, il a une dérogation. Mon mari n’a pas de temps à me consacrer.  Ici, c’est le monde rural, on ne connaît que monsieur, madame n’existe pas. Moi, je suis de Montereau, ça n’a aucun rapport. Quand j’y vais, j’ai l’impression d’être en ville. Mon fils aîné a vingt trois ans, il travaille, il n’est à la maison que pour manger et dormir, l’autre va sur ses dix-neuf ans, il a le permis, on ne le voit pas beaucoup non plus. Je m’ennuie toute la journée. Je voudrais bien me remettre à travailler, un mi-temps à Montereau ou à Melun ou Fontainebleau. Pas à Provins, c’est que des vieilles pierres, c’est moche. Je ne suis pas difficile, je prendrai n’importe quoi, sauf des ménages. Parce qu’avec 300 mètres carrés sur deux étages, j’en ai assez ici. Surtout avec un mari qui est un cochon, qui ne s’essuie pas les pieds en rentrant. Ah, je ne me vois pas à la retraite ici, avec les copains chasseurs…Il y en a deux, je leur ai dit vous ne rentrez pas chez moi avec vos bottes, si vous voulez discuter, c’est dehors. Et puis le rez-de-chaussée, je le fais une fois par semaine à fond, pas plus. Bon, je lui donne votre message mais je ne sais pas ce qu’il a prévu cette semaine, il ne me dit pas ce qu’il fait.

 

Les chronironiques de la vie quotidienne: une enquête SNCF

  Septembre 2003   TGV Paris Perpignan, via Montpellier. Peu de temps après le départ, la SNCF demande au micro aux passagers de réserver un bon accueil aux agents qui vont distribuer un questionnaire, questionnaire qui sera relevé avant l’arrivée à Montpellier. Les deux premières questions concernaient les villes de départ et d’arrivée et il était demandé de préciser la gare pour les villes qui en ont plusieurs. Comme le train était parti de Paris Gare de Lyon, ma voisine a rempli sa fiche : Lyon – Perpignan. On demandait de noter de 1 à 20 la propreté du train, la courtoisie du personnel et la saveur des sandwiches, entre autres. Il y avait aussi une question sur la ponctualité mais les feuilles ont été ramassées un peu avant qu’on nous dise que le train aurait vingt minutes de retard à Montpellier. Nul doute que les résultats de ce sondage seront dûment analysés : les services seront ravis d’apprendre que le TGV Lyon Perpignan avait ce jour-là 20 sur 20 de ponctualité. Quand à la pertinence des résultats...  

 

Les chronironiques de la vie quotidienne : visa pour l'image

   Visa pour l’image, le festival mondial du photoreportage, se déroule chaque année depuis quinze ans à Perpignan. Perpignan est en France mais aussi en Catalogne, aussi les présentations de chaque exposition sont elles en trois langues, le français du pays, l’anglais de l’international et le catalan de la région. Les commentaires de chaque photo sont simplement en français et en anglais. Mais on s’aperçoit bien vite à la lecture bilingue qu’ils ont été écrits en anglais et traduits, parfois hâtivement, en français. En voici pour indice un commentaire de photos sur le festival du Burning Man (l’homme qui brûle) au Nevada (EUA). « Lancé en 1986 à San Francisco comme une semaine de manifestations artistiques, anticulturelles et d’expression corporelle, le festival a été déplacé en 1990 dans le désert de Black Rock. » « Billed as a week-long celebration of art, conterculture and radical self-expression, the festival began in 1986 in San Francisco but in 1990 moved to its present location in the Black Rock Desert. » Je ne sais pas comment vous le sentez mais la contre-culture qui devient anticulturelle et la gymnastique qui débarque, personnellement, ça me chagrine…  

  Visa pour l’image, de nouveau. Pour pénétrer dans le saint des saints qu’est le premier étage de l’hôtel Pams , un ancien hôtel particulier qui est pendant une semaine le cœur de Visa, et prendre le café dans la cour intérieure du premier étage parmi les naïades nues de pierre blanche, en bavardant avec des confrères que l’on retrouve ou que l’on découvre, il faut être accrédité. Et parmi notre petit groupe, la benjamine ne l’est pas. Quand tout le monde se rejoint lors d’une conférence, celle-ci raconte qu’elle est allée visiter une exposition du festival off, pendant, entendent tous les autres « que vous jouiez les vieilles pies ». Emotion parmi les quinquas et plus, avant de comprendre qu’elle parlait de « V.I.P. ».    

 

Les chronironiques de la vie quotidienne : l’arrêt du 56

Jeudi 15 mai 2003, 12h30, j’arrive à l’arrêt de bus pour prendre le 56. La ligne de métro est fermée mais un bus passait sur le boulevard quand j’arrivai au coin de la rue, ce qui signifie que certains roulent. Un homme d’une soixantaine d’années attend avec des gros bagages. Il explique qu’un 65 et un 56 se sont arrêtés quelques minutes avant que j’arrive mais n’ont pas ouvert leurs portes, il n’a pas compris pourquoi. Il me demande si la rue du Louvre est bien dans le prolongement de la rue de Rivoli, je sors mon plan pour lui montrer. Etonné qu’elles soient perpendiculaires, il s’enquiert de quelques autres rues et m’assure que mon plan de Paris par arrondissements est le même que celui dont se servent les Autorités. Un 65 s’arrête, l’homme demande au machiniste s’il passe par la mairie du XIe. Non, et les deux 65 suivants non plus. Il m’explique qu’on lui a volé trois cent euros dans le métro, en trois fois. On lui a aussi volé trois voitures. Louchant sur mon journal qui parle d’un pianiste électronique, il se présente comme pianiste et compositeur. Une petite brise froide descend le boulevard Magenta et nous atteint. « Ce sont les bombes à neutrons, m’explique-t-il, qui envoient des rayons hypothermiques. C’est employé dans les gares mais je vois qu’ici aussi ils s’y mettent. Cela vous glace jusqu’aux os. Si ça dure, il faut partir sinon cela peut être très grave.» Je lève un œil qui se veut à la fois surpris et poli « Mais qui enverrait ces rayons ? » « L’Administration ! Ils ne veulent pas qu’on reste trop longtemps assis… Ce sont des rayons hypothermiques, reprend-t-il, du grec hypo qui signifie en dessous, bas, comme vous le savez, et thermo qui signifie température. Ce sont des bombes à neutrons, un peu l’inverse des fours à micro-ondes. Vous n’avez jamais remarqué ? ». Au bout de trois quarts d’heure, lassée de voir les 56 (il y en a eu deux) passer dans le sens inverse mais pas dans le notre, je renonce au combat, le laissant se demander si le 56 qui arrivera l’acceptera avec ses bagages et si un 65 finira pas passer par la mairie du XIe…

 

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