Les chronironiques des colloques et cocktails

 

Enid Blyton et la représentativité des syndicats

Lors d'un colloque sur le dialogue social, une représentante de l'UNSA, déplorant que le Conseil d'Etat ait refusé la présomption irréfragable de représentativité à sa confédération, parle du "club des cinq" organisations qui en bénéficient. Un représentant de la CFE-CGC lui répond "Dans ma jeunesse, il y avait le "club des cinq" mais aussi le "clan des sept". Donc tous les espoirs vous sont permis."


Entreprise citoyenne et citizen corporate

Une universitaire québécoise dans une journée d'étude à Paris : "Mon collègue vient de dire que le concept d'entreprise citoyenne était démodé en France. Depuis deux ans, une revue est publiée aux Etats-Unis, qui s'appelle Citizen Corporate. D'ici quelques années, la France qui aura oublié l'entreprise citoyenne va découvrir la citizen corporate."


Le micro maudit

Lors de la dernière table ronde de cette même journée, la parole est donnée au public. Une étudiante, cheveux longs, tête nue, à côté d'une fille de son âge enveloppée dans son foulard islamique, lève la main et commence à poser une question. La personne qui fait passer le micro lui tend celui-ci. Mais l'étudiante le repousse brutalement et s'arrête de parler. Décontenancée, la porteuse de micro le fait passer à quelqu'un d'autre. L'incident laisse l'assemblée perplexe. J'ai une hypothèse : nous sommes vendredi et la nuit est tombée ; si la fille est une juive ultra orthodoxe, elle ne peut utiliser un engin qui fonctionne à l'électricité le jour du shabbat.

 

Amers transports

Un directeur de la RATP dans un colloque sur le dialogue social : "Les grèves de la fin d'année 1995 n'ont laissé dans l'entreprise que de l'amertume. Les personnels vivaient comme une injustice qu'on puisse penser à remettre en cause des avantages compensant la dureté de leur travail. Les syndicats ont regardé l'arrêt de travail et ont regardé la reprise du travail… Et il était difficile à lire dans la presse ou entendre à la radio que l'Ile de France redevenait douce à vivre, avec les patins à roulettes et le vélo, la diminution de la pollution, la redécouverte du restaurant du quartier. Même si ce n'était pas si vrai que cela, c'est traumatisant pour des gens dont le travail est le transport urbain."

 

La statue mystérieuse

Salons de l’Hôtel de ville de Paris. Bavardage verre à la main à propos d’une des sculptures qui ornent la salle : que tient la femme nue dans sa main droite ? « Une paire de c… » assure un homme élégant. « Des oiseaux ! affirme un barbu, on distingue les becs et les ailes. » « C’est une allégorie de la paix, propose un troisième, elle a retiré les oiseaux des griffes du chat qu’elle tient de l’autre main, et il y a une colombe dans le décor. » « Mais non, achève le quatrième, c’est une chasseresse ! Il ne s’agit pas d’un chat mais d’un lièvre mort, le pigeon et les cailles sont du gibier à plumes. »

De la fragilité du témoignage humain…

 

Ledoyen et le père Gustave

Le Pavillon Ledoyen se situe dans le bas de l’avenue des Champs-Élysées, sous les arbres. Il porte au fronton sa date de création : 1792. C’était l’époque de la Révolution et le lieu état alors campagnard.

La carte du restaurant affiche des plats raffinés dont le moins onéreux dépasse les soixante euros mais la démocratisation du lieu est assurée par les petits déjeuners de communication qu’organisent les entreprises. Dans les commodités, les robinets, les distributeurs de savon et d’essuie-mains et même la corbeille à papier sont dorés, et certainement à l’or fin.

Cela me rappelle une histoire que l’on raconte dans le Bourbonnais : le lendemain d’une tournée bien arrosée avec ses anciens copains de régiment, le père Gustave affirme à sa femme qu’il a uriné dans des toilettes en or. Celle-ci étant incrédule, il entreprend de retrouver ce lieu. Il demande donc à tous les cafés de la ville «-Est-ce que c’est là qu’y a des ouatères en or?» et se fait sortir à chaque fois. Mais au bout d’une dizaine de tentatives, la tenancière lui dit de ne pas bouger et appelle son époux «-Léon ! le voilà, le salaud qui a pissé dans ton cor de chasse!»

 

Le "sens" des mots

Un colloque de DRH. Une intervenante affirme « la motivation des employés est partout la même : gagner leur vie dans un métier qui les intéresse et auquel ils donnent du sens. » Dans son résumé de l’après-midi, la présidente assure « Oui, nous cherchons tous un travail qui nous intéresse et qui nous donne du sens ».

Il y a plus qu’une nuance entre les deux énoncés. Dans l’un, c’est la personne qui donne du sens a son métier ; dans l’autre, c’est le travail qui donne du sens à la vie de l’individu. Ce n’est pas la même philosophie de l’activité…

 

Bobigny et l'environnement

Bobigny, la biennale de l'environnement, septembre 2004. Sur le stand de la ville, "Déchets du quartier Karl Marx : question manifeste, gestion capitale".

 

Visa pour l'image, édition 2004 -

Il y a maintenant trois séries d'expositions photo début septembre à Perpignan : le " in " Visa pour l'image, festival international du photojournalisme 16e édition cette année, le " off " le festival du photoreportage, organisé par l'association des commerçants et la CCI de la ville de Perpignan et le " off-off ". Le premier présente les œuvres de photographes professionnels parus dans la presse, dans un certain nombre de lieux d'expositions situés dans des monuments historiques. Le deuxième montre les photos d'amateurs éclairés dans d'autres monuments historiques et chez certains commerçants. On peut imputer au troisième type quelques expositions non répertoriés dont une sur les anciens sidérurgistes lorrains réalisée avec l'aide d'un autre conseil régional sise dans les locaux d'une association protestante.


Une exposition du " off " sur un village d'Indonésie était répertoriée sur le catalogue dans une boucherie. Nous trouvons bien la boucherie mais pas les photos. Le commerçant nous explique que les auteurs n'ont pas voulu accrocher leurs photos chez lui : un d'entre eux était végétarien.


Comme d'habitude, on trouve pas mal de choses bizarres dans les légendes des photos du " in ", manifestement traduites à la hâte et non relues. Il est parfois nécessaire de lire le texte en anglais pour bien comprendre. " 26 juillet 2003, Monrovia. Exécutés pour l'exemple par les miliciens pro-Taylor pour harcèlements et pillages sur la population civile, les corps gisent sur le bas-côté de la chaussée de Somalia Drive de la capitale libérienne.- July 26, 2003. Monrovia. Pro-Taylor militiamen were executed for the example for harassing and looting civilians ; thier bodies lie by the roadside on Somalia Drive in the Liberian Capital ". Entre les deux versions, il y a plus d'une nuance... Plus loin, on nous dit que des corps sont placés dans une " fausse commune ".


Plus souriant, une expo sur le cinéma comme industrie. Sur une photo, un technicien mesure la lumière près du pénis d'un acteur de film porno. La légende originale est " Adult fiml : light reading " et c'est traduit par " Film X ; lecture légère ".


On pourrait citer bien d'autres exemples mais il n'y a pas que des erreurs de traduction, certains raccourcis laissent mal à l'aise. Par exemple, le texte introductif à la série de Jean-François Mongibeaux " Haïti, les derniers jours d'un dictateur " qui raconte la chute d'Aristide : " L'ancienne " perle des Caraïbes ", sous son joug dément, s'est vite transformée en un enfer de misère, de corruption et d'oppression ". A lire ainsi, on a l'impression qu'avant Aristide, l'Haïti des Duvalier était un pays démocratique et prospère. Il s'en faut de beaucoup…


Dans le Couvent des Minimes, principal lieu d'exposition de Visa, des pancartes au dessus des photos : "Charge maximale 300 kg au mètre carré". Je sors mon appareil pour photographier "le poids des photos" et un vigile se précipite "On n'a pas le droit de prendre des photos".

 

les soins médicaux

Deux fois dans la même journée, lors d’une conférence de presse organisée par des assureurs et lors de l’assemblée générale d’une institution de prévoyance, un orateur (pas le même, bien sûr) a la langue qui fourche entre « rationalisation » et « rationnement » des soins médicaux. Freud, au secours !

 

colloque universitaire

Juin 2004. Un colloque dans une grande ville de France, avec la fine fleur du secteur concerné, universitaires et consultants :  pendant les travaux en atelier, la présidente fait presser les intervenants mais on perd deux minutes entre chaque intervention parce que chacun doit brancher son ordinateur portable au projecteur. Dans un autre atelier, la présidente, philosophe, dit que chacun des quatre intervenants a droit à 20 minutes, commence avec presque une demi-heure de retard, laisse parler le philosophe qui parle en premier vingt-huit minutes, et morigène les gestionnaires qui parlent en dernier car elles dépassent le quart d’heure…

Quelqu’un projette un dessin humoristique tiré d’un magazine américain et affirme «Je ne vous ferais pas l’injure de traduire mais la loi Toubon m’y oblige…»

Un philosophe expose un cas d’entreprise, où le dirigeant a réalisé une action akratique. Il projette un transparent dans lequel le terme est expliqué « Akratique, ou faiblesse de volonté intentionnelle : accomplie librement, contraire au jugement qu’il est meilleur de faire une autre action ». Dit vulgairement, faire une action akratique, c’est commettre une connerie en sachant que c’en est une… L’intervenant poursuit à l’oral « dans la littérature anglo-saxonne, on parle d’action incontinente mais cette expression est peu utilisée en français, pour une certaine raison… »

Autre transparent, d’un enseignant du supérieur : « Personne n’est laissée seule ». Les correcteurs du bac se plaignent des fautes d’orthographe dans les copies de philo, cela les consolera-t-il ? Il y a aussi à l’oral des liaisons dangereuses : quelques jours plus tard dans un autre colloque, un chargé de mission d’un grand site d’information professionnelle parlait des quatre-z-axes de développement…

A l’hôtel de ville, deux réceptions sont fléchées, dont celle du « congrès international des plantes carnivores » qui se tient dans les « salons rouges après l’escalier d’honneur ». Tel que c’est écrit, ce sont les plantes carnivores qui tiennent congrès, pas les biologistes qui les étudient, on comprend alors pourquoi cela se passe dans les salons rouges…

 

 inauguration 

A l’inauguration des nouveaux locaux d’un cabinet d’avocats, je ne connais pas grand monde, sinon le maître des lieux. Je ne suis pas la seule dans ce cas et un jeune homme très bien habillé, qui engloutit des petits fours d’un air triste, me demande qui je connais. Ah ! Untel, moi aussi, nous sommes de vieux a mi s, nous nous sommes connus en seconde. Je suis avocat comme lui mais actuellement je suis attaché parlementaire. C’est incroyable le niveau de la corruption en France, ce que me raconte mon sénateur me fait dresser les cheveux sur la tête… Lui, ça le fait rire, mais moi pas toujours… à la fin de son mandat je reprends le barreau, peut-être même avant si j’ai une opportunité… J’ai été ravi d’échanger avec vous mais je dois partir, mon épouse souhaite que je ne rentre pas trop tard et j’aimerais embrasser mes enfants avant qu’ils se couchent…

Deux minutes plus tard, je retrouve une attachée de presse que j’ai connue il y a quelques années, quand elle travaillait pour une association professionnelle et que j’ai perdue de vue quand elle a quitté celle-ci. Elle me hèle alors que nous avons toutes les deux une coupe de champ’ à la main. Cela me fait plaisir, j’avais d’excellentes relations avec elle autrefois. Que devenez-vous ? Et vous ? Pourquoi avez-vous quitté cette association professionnelle ? Eh bien, mon mari m’a demandé le divorce et mon salaire ne me permettait pas de vivre avec les deux enfants qu’il m’a laissés, j’ai donc démissionné pour une entreprise qui me proposait un salaire double… Malheureusement, trois mois après elle a été rachetée et la plupart de ses salariés licenciés, moi y compris. Je jongle avec différents contrats : certains sous forme salariée, un autre en indépendant, et j’assure des cours de formation professionnelle… J’ai un nouveau compagnon et m’apprête à passer d’un deux pièces de trente mètres carrés pour trois à un quatre vingt mètres carrés pour quatre. Pour autant, je ne regrette pas le cent cinquante mètres carrés que je partageais avec mon vicomte de mari… Ce qui m’ennuie le plus est que je suis connue dans le mi lieu professionnel sous mon nom de femme. Impossible de changer de marque, cela ne dit rien à personne. Alors je mets en valeur mon prénom, un a mi graphiste m’a fait de jolies cartes de visite où l’initiale de mon prénom est l’élément central… Nous reprenons une coupe de champagne et échangeons vos cartes. Et en nous quittant, nous nous promettons de nous revoir, en nous tutoyant.

 

le reste du monde

Ce jour là, un savant séminaire universitaire. Je connais vingt personnes mais il y a quand même des moments où on est seule devant le buffet. Cependant, on ne le reste pas longtemps ! Un monsieur barbu engage la conversation. Il est cadre dirigeant d’une filiale française d’un groupe étatsunien. Agacé par la présentation des chiffres du groupe selon la partition «USA, Alena, ROW (rest of the word)», il a un jour présenté ses résultats aux dirigeants de la holding sous la forme «France, Union européenne, RDM (reste du monde)», mêlant sous ce terme les Etats-Unis, l’Indonésie et le Nigéria. Ils ont accusé le coup. Et depuis, il y a un effort dans le groupe pour parler de l’ensemble «Amérique du Sud, Europe, Afrique, Asie». Un progrès ? Sans doute.

Cela me rappelle une histoire qui a beaucoup tourné sur la Toile, avec bien sûr quelques versions différentes. Je préviens tout de suite, elle n’est pas politiquement correcte. La voici quand même. L’ONU décide de procéder à une enquête mondiale et envoie sur toute la planète des enquêteurs chargés de poser partout la question suivante : «S’il vous plaît, que pensez-vous de la pénurie d’aliments dans le reste du monde?». Ce fut un échec total. En effet, «s’il vous plaît» paraissait aux Sud-américains une entrée en matière tellement étrange qu’ils n’entendaient pas la suite ; «que pensez-vous» était considéré comme subversif en Asie et dans les pays arabes ; les Européens ne comprenaient pas le mot «pénurie» ; les Africains ne savaient pas ce qu’étaient des «aliments» et les Nord-Américains ignoraient qu’existait «le reste du monde».

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